Repas : une réflexion semestrielle

Le Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires (Repas) est un réseau d’entreprises coopératives, autogérées, égalitaires, solidaires… (qualificatif au choix). La base du réseau repose depuis une vingtaine d’années sur une rencontre semestrielle pour échanger et réfléchir.

Le Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires (Repas) est un réseau d’entreprises coopératives, autogérées, égalitaires, solidaires… (qualificatif au choix). La base du réseau repose depuis une vingtaine d’années sur une rencontre semestrielle pour échanger et réfléchir.

Le réseau Repas a déjà été présenté ici dans ses différentes activités (notamment le compagnonnage et l’édition de livres) à l’occasion du renouvellement du site Repas. Il vient de tenir sa rencontre semestrielle de printemps sur le thème « Comment s’approprie-t-on la notion de « ressources humaines » ? »

Des réunions de « praticiens »

1992 voyait la naissance du Réseau de l’économie alternative et solidaire (Réas) en vue de synthétiser les acquis théoriques en matière d’économie alternative et solidaire (EAS) et de diffuser les thèmes, valeurs et outils dont elles étaient porteuses. Très vite, les entreprises qui participent à ce réseau se heurtent aux « penseurs » (universitaires, intellectuels, consultants…) qui théorisent sur les entreprises sans avoir aucune pratique.

Un certain nombre d’entre elles créent en 1994 Repas en intercalant un « P » dans le sigle pour souligner l’impératif de la pratique et en changeant le sens du « E » pour souligner l’idée d’échanges. Les rencontres semestrielles sont mises en place avec pour principes :

 qu’elles ne réunissent que des membres de structures ayant une activité de production ;

 qu’elles ont lieu à chaque fois dans une structure différente du réseau qui présente concrètement son activité au début du week-end ;

 qu’un thème, décidé par la structure accueillante et en fonction de ses questionnements du moment, fait l’objet des discussions du week-end ;

 que les discussions soient avant tout axées sur l’échange des pratiques de chaque structure sur le thème choisi.

Une fréquentation stable

Les rencontres regroupent en moyenne entre 50 et 100 personnes de 15 à 25 structures. Toutes les structures du réseau ne viennent pas systématiquement, faute de temps, d’intérêt momentané… De plus, la durée de vie des structures étant similaire à celle des entreprises traditionnelles, chaque année des structures disparaissent. Mais chaque année aussi des structures nouvelles apparaissent, ce qui permet à chaque fois de renouveler les lieux des rencontres. Les 39 rencontres se sont donc toujours déroulées dans des lieux différents.

Exceptionnellement, les rencontres accueillent des personnes ayant un projet collectif en gestation. Encore plus exceptionnellement, des amis ou des voisins de la structure accueillante sont autorisées.

La parité femmes/hommes est toujours respectée, comme « naturellement ». Il en va de même de la répartition par âge.

Exemple de thème : Comment s’approprie-t-on la notion de « ressources humaines » ?

Il s’agit du thème des dernières rencontres qui se sont déroulées en avril 2014 à la ressourcerie Court-circuit à Felletin, en Creuse :

« Dans une équipe, il y a des « ressources » qu’il faut savoir reconnaître, accorder, enrichir, réanimer parfois, encadrer ou accompagner peut-être,… Faire vivre en somme. Pour cela, il faut des outils et une attention à l’humain.

Comment porte-t-on collectivement l’attention à l’humain dans l’équipe ?

 Qui en a la légitimité (dans l’équipe et/ou intervenants extérieurs) ?

 Avons-nous conscience de toutes les fonctions à assumer (animation, recrutement licenciement, etc…)? Sommes-nous toujours suffisamment compétents, formés ? Comment ces fonctions sont-elles partagées ?

 L’autogestion est-elle une garantie de l’épanouissement et de l’émancipation ? Comment faire face à la souffrance au travail ?

 Comment intègre-t-on des personnes plus éloignées du travail coopératif ? Dans quelle mesure est-ce possible?

Quels sont nos outils ?

 Outils et méthodes pour articuler les besoins de la structure (en compétences, formation, temps de travail….) avec les attentes des personnes composant l’équipe (formation, adaptation de l’outil de travail, du temps de travail, épanouissement ?)

 Comment s’approprie-t-on (ou pas) les cadres et outils proposés ou imposés ? Quel positionnement vis-à-vis des règles venant de l’extérieur ?

 Outils et méthodes pour le suivi et l’accompagnement dans la durée, les arrivées et les départs. »

Atmosphère ! Atmosphère !…

On voit que les questions qui se posent dans les structures autogérées ne sont pas différentes de celles des entreprises traditionnelles. La différence est évidemment dans la manière de les aborder et d’y trouver des réponses collectives et autogestionnaires.

Les rencontres voient se succéder séances plénières et ateliers. Rien de bien original. Quelquefois une structure propose des méthodes de tenue de réunion issues de l’éducation populaire et/ou des milieux libertaires. C’est assez rare car les participants veillent tous d’eux-mêmes à ce que tout le monde s’exprime dans des limites de temps souples.

Et au bout, il n’en sort ni « outils » ni « méthodes » pour résoudre les questionnements, car il n’y en a guère. Il apparaît le plus souvent que chaque structure, chaque fonctionnement, chaque situation est particulière et qu’il n’y a pas de réponse unique. D’ailleurs, les tentatives de comptes-rendus des ateliers en séance plénière ont toujours de piètres résultats et les tentatives de « procès-verbal » de l’ensemble de la rencontre étaient si difficiles qu’elles ont été abandonnées.

Pourtant la plupart des participants en sortent en se promettant d’aller aux prochaines rencontres (ce qu’ils ne feront d’ailleurs pas forcément…). Parce qu’ils ont pu voir que les autres rencontrent des questionnements similaires, parce qu’ils ont pu échanger expériences et pratiques. Et au-delà du thème choisi, il y a les retrouvailles avec ceux que l’on voit depuis des années et la découverte des nouveaux ; il y a le sentiment de ne pas être seuls, isolés, absurdes, mais de partager une envie plus fréquente qu’il n’y parait, d’appartenir à une sorte de mouvement